Andreas Malm et les animaux non-humains
Andreas Malm est un homme née au 20ème siècle et ayant vécu pendant le 21ème siècle. En Suède, à l'université de Lund, il a été reconnu comme maitre de conférences en géographie humaine. C'est un marxiste, très proche du marxisme-léniniste, mais sans toutefois épouser ce qu'est devenu la révolution russe démarrée en 1917, et c'est pour cela qu'il se dit léniniste anti-stalinien. Il est donc révolutionnaire pour l'émancipation humaine et est attaché à un point de vue matérialiste (au sens philosophique). Il soutient que le changement climatique de son temps est anthropogène, c'est-à-dire qu'il a été causé par l'humain. En revanche, il réfute vigoureusement que cela soit le fruit de l'Humain dans un sens générique (et donc atemporel) comme si c'était à cause de son essence propre qui aurait précédemment été brimé par son insuffisance de connaissances et de moyens matériels, au contraire il soutient que c'est le produit d'un processus historique démarré par une petite partie de l'espèce qui l'a imposé à d'autres, de cela il en dérive que l'Anthropocène n'est pas un terme juste mais que Capitalocène pourrait lui bien l'être.
Il s'est prononcé pour le démantèlement de l'industrie de la viande. Isolément cela n'implique pas nécessairement d'en finir avec la production de "viande" (qui est de l'animal mort chosifié dans une perspective utilitariste), car l'industrie n'est nullement une condition de possibilité, un telle "production" existait d'ailleurs déjà avant, mais cela impliquerait une réduction massive de consommation par rapport au début du 21ème siècle. Toutefois il a aussi pris position pour aiguillonner la satisfaction de l'humanité en protéines via des végétaux. Cela peut sembler être de facto un vif soutien direct au végétarisme, voire au végétalisme, mais cependant pas au véganisme (bien que ce ne soit en revanche pas contre pour autant). Il faut néanmoins contextualiser cette proposition. En effet, cette mesure a été émise contre le réchauffement climatique anthropogène, donc nullement contre l'exploitation des animaux non-humains pour leurs intérêts propres, et sous un angle matérialiste (donc non idéaliste) combiné à une volonté sociale vis-à-vis de l'humain, or subvenir aux besoins alimentaires humains d'une manière qui soit écologiquement soutenable et en s'efforçant de nourrir tous les humains dans un monde en voie de probables forts troubles (en particulier à cause du réchauffement et de l'univers capitaliste avec ce qu'il produit) pourrait impliquer d'exploiter les animaux non-humains pour maximiser le potentiel de l'agriculture (comme le prône notamment la permaculture qui est issu d'une perception d'inadéquation de l'agriculture industrielle à être écologiquement durable). D'un point de vue animaliste, on peut donc penser qu'il est souhaitable d'être prudent vis-à-vis de jusqu'où il veut vraiment aller dans la mesure du possible, d'autant plus que sa motivation est à priori anthropocentrée.
Livres
-
L'anthropocène contre l'histoire
(chez La fabrique
et publié en 2017,
avec 242 pages numérotées)
-
Il existe des moyens de combattre la catastrophe et la famine, […] les mesures à prendre sont tout à fait claires, simples, parfaitement réalisables, pleinement à la mesure des forces du peuple
On pourrait commencer par réécrire le Manifeste du parti communiste et en énumérer dix. […] 9) Démanteler l'industrie de la viande et diriger les besoins humains en protéine vers des sources végétales
-
-
Fin mars 2020, Andreas Malm finit d'écrire
"How to blow up a pipeline",
qui a été publié en janvier 2021 par
Verso Books.
Ne perdant pas de temps,
les éditions La Fabrique
le traduisent en français
et le publient sans attendre en juin 2020
et en traduisent presque littéralement le titre :
"Comment saboter un pipeline".
Comme il est de coutume chez ces éditions françaises,
c'est au format poche.
L'ouvrage est aussi d'épaisseur classique
(avec 210 pages avec notes et 190 sans).
- Des cantines véganes y sont évoquées, mais ça fait parti du décorum et non d'une fin. Il en est de même pour la sentience des animaux non-humains (ou zoonimaux) et des droits qui pourraient leur être attribué. Cela dénote une sensibilité, mais sans plus.
-
En page 32, parmi sa maigre proposition de mesures
(dont la petitesse se comprend tout à fait
puisque qu'elles sont fortes
et surtout parce que ce n'est là pas le sujet),
il y a cela :
les régimes à base végétale sont encouragés
. La motivation donnée à ce moment est clairement purement écologique, ce qui n'empêche pas qu'il y ait peut-être une arrière-pensée pour les sentient·e·s non-humain·e·s. Toutefois le fait que ce soit juste encouragé, alors même qu'il y va d'une manière bien moins molle avec les combustibles fossiles et qu'il prône un léninisme écologique, incline à penser qu'il a au plus relativement peu de considération pour les animaux non-humains vis-à-vis des mesures concrètes qu'il déclare qu'il faudrait prendre et d'autant plus comparativement à d'autres de son cru. -
Dans la dernière partie (hors post-scriptum)
nommé "Combattre le désespoir",
et plus précisément en page 173,
on peut lire ce qui suit :
EF! [Earth First!], l'ALF [Animal Liberation Front] et l'ELF [Earth Liberation Front] puisaient à deux sources idéologiques : l'écologie profonde et la libération animale. L'une comme l'autre ont désormais perdu toute crédibilité. Ni l'une ni l'autre n'ont un grand rapport avec la crise climatique.
- Pour ce qui est de crédibilité, il explique son propos pour "l'écologie profonde", mais il s'abstient de le faire pour la libération animale ! Pourquoi diable ?
- En ce qui concerne le rapport à la crise climatique, ce n'est malheureusement pas mieux. Pourtant il a pris position pour une réduction drastique de la consommation de viande et à raison d'un pur point de vue climatique. Toutefois on peut là lui accorder que même s'il y a un rapport significatif, celui-ci ne le serait que quantitativement et que fort partiellement, car ce n'est qu'une conséquence d'un système bien plus vaste et ça représenterait au grand maximum 25%. Du coup, malgré le rapport non-négligeable, on peut juger que celui n'est pas grand. Et, puisque c'est annexe dans son propos, on peut comprendre qu'il soit resté vague.
-
En septembre 2020, est publié son livre
"La chauve-souris et le capital – Stratégie pour l'urgence chronique"
(format poche, 239 pages avec notes et 203 sans)
chez les éditions La Fabrique.
C'est une traduction en français du livre anglais
"Corona, Climate, Chronic Emergency"
par Verso Books.
Sa parution était prévue pour 2021,
mais elle a finalement eu lieu en aout 2020.
Andreas Malm y évoque à plusieurs reprises
la consommation de produits provenant
des animaux non-humains
(ou zoonimaux),
notamment pour l'alimentation.
On peut par exemple mentionner les pages 147-148 et 155,
où l'on peut respectivement lire ce qui suit :
la consommation de viande est la plus sûre façon de gaspiller de la terre et toute politique de reboisement d'ampleur […] présuppose sa réduction. Un virage global vers le véganisme serait sans doute l'aboutissement le plus salutaire pour tous. […] une augmentation de la consommation de viande est la manière la plus sûre de continuer à sombrer.
etil s'agit de rompre l'association entre la viande et la belle vie.
. Est aussi longuement abordé les animaux non-humains (ou zoonimaux) pour les contaminations à l'humain qu'ils peuvent provoquer, et comment l'humain de par ses activités et le capitalisme en amplifient la quantité et l'intensité. L'analyse et les propositions sont clairement anthropocentrées et même anthropo-exclusivistes dans leurs buts d'intention. Andreas Malm en vient donc de fait à des mesures zoonimalistes non-exploito-abolitionnistes, mais c'est pour ainsi dire par "accident", c'est-à-dire que ce n'est pas le but recherché, mais juste un moyen pensé comme profitable pour l'humanité. -
En 2017, Verso Books publie son livre
"The Progress of This Storm".
En 2023, en est publiée une traduction en français
par les éditions la fabrique :
"Avis de tempête – Nature et culture dans un monde qui se réchauffe"
229 pages avec les notes et 200 sans celles-ci).
Le second chapitre
"De ce que la matière fait : contre le néomatérialisme"
(page 73 à 108 incluse)
est une lutte où il y défend
qui agirait et qui n'agirait pas.
L'objectif est d'y voir,
donc de se battre contre le confusionisme.
On peut juger qu'il le fait très bien
contre celleux qu'il nomme
néomatérialistes
, mais il y a de quoi juger qu'il introduit également du venin confusitioniste en se faisant défenseur d'une exceptionnalité humaine qui n'est pourtant pas nécessaire pour raisonnement à vocation écologique. Ainsi à la page 80 de la version française, il cite un célèbre passage du Capital de Karl Marx :Une araignée accomplit des actions qui s'apparentent à celles du tisserand, et l'abeille en remontre à maint architecte humain dans la construction de ses cellules. Mais ce qui distingue d'emblée le plus mauvais architecte de la meilleure abeille, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la cire. Le résultat auquel aboutit le procès de travail était déjà au commencement dans l'imagination du travailleur, [elle] existait donc déjà en idée .
Un peu plus loin dans la même page, il mentionne néanmoins la critique :Les posthumanites, les chercheurs en études animales critiques, certains philosophes de l'action défendraient l'idée que les animaux possèdent bel et bien l'esprit accompli des architectes : les castors ne construisent pas de façon moins délibérée que les humains ; les prédateurs conçoivent des plans complexes avant de fondre sur leurs proies ; les abeilles excellent dans l'art de se coordonner dans le cadre d'une économie planifié.
Toutefoisnous pouvons mettre ces objections de côté pour le moment
Ensuite, plus tard dans le même chapitre à la page 104, il nie tranquillement la théorie de l'évolution de Charles Darwin :Nous nous disons humains mais nous baignons parmi nos présumés contraites : machines, animaux, technologiques médicales, circuits numériques
, car il va tout mettre dans le même sac en défendantle mur séparant l'humain du non humain
au lieu de distinguer les êtres sentients du reste et de reconnaitre que les humains sont des animaux.
Actualités
-
Le 19 juin 2021, est publié
"Stratégie pour l'urgence chronique",
une entrevue filmée avec Andreas Malm
par Stathis Kouvélakis
pour Hors-Série.
À partir d'environ
la 26ème minute et 45 secondes
jusqu'à environ
la 29ème minute et 20 secondes,
il s'exprime vis-à-vis des animaux non-humains :
La question de la viande est extrêmement sensible, c'est évident. Je dois dire que je ne suis même pas végan moi-même, je suis végétarien, mais je ne dis pas ça parce que, ou dans le mesure où, je prône le véganisme. Ce n'est pas préférence alimentaire, parce que j'aimerais beaucoup garder mon yaourt, mes oeufs et des choses comme ça. Donc j'ai du respect pour ce genre d'identification avec ce que l'on mange. Je flirte avec l'idée d'un véganisme global obligatoire dans le livre [celui sur le Covid-19 et les zoonoses]. Bien sûr, je ne veux pas imposer une interdiction quelconque aux Inuits de manger de la viande ou aux tributs non contactées de l'Amazonie d'arrêter d'en manger ou de chasser, bien sûr que non. Des interdictions générales sur toutes les sortes de consommation de viande ne sont probablement pas la bonne voie à suivre non plus, mais certains types de viande ou de commerce de viande devraient être interrompus et le plus évident est d'arrêter toute importation de viande de l'Amazonie ou du Brésil vers l'Europe ou d'autres parties du Nord global. Il y a des rennes et des caribous et des choses comme ça que l'on peut chasser en Suède. J'ai des amis qui le font et je ne suis pas personnellement attiré par l'idée de chasse, mais ce n'est pas comme si j'aillais essayer de les en empêcher. Ainsi, une grande partie de la consommation de viande peut probablement être justifiée, mais je pense qu'il est très difficile de réfuter les arguments en faveur d'une large transition vers une alimentation à base de plantes comme moyen nécessaire de céder de l'espace, de le rendre aux forêts et aux processus plus sauvages de la nature pour de nombreuses raisons : arrêter la sixième extinction de masse, ralentir le réchauffement climatique, éviter la propagation des zoonoses, dpnner plus d'espace aux populations animales pour migrer sans répandre leurs virus sur les humains. Ce type de changement devra se produire principalement au sein des classes aisées du Nord global, mais aussi dans certaines classes aisées du Sud global qui, en s'enrichissant, ont commencé à adopter les modes de vie du Nord de la planète et à manger davantage de viande.
Nous avons là repris la traduction officielle, qui n'est pas à 100% fidèle.