Frédéric Lordon et les animaux non-humains
Frédéric Lordon est un économiste, philosophe et sociologue. Politiquement, il est en faveur du communisme et plus généralement de l'émancipation humaine. S'il pense qu'à un instant donné il y a les conditions de possibilité d'une abolition pleine d'une domination sociale humaine en vue d'une meilleure configuration institutionnelle, alors il est pour, bien qu'il puisse être méfiant sur la réussite (en particulier sur le capitalisme) et sans que cela empêche qu'il la souhaite ardemment, tandis qu'à défaut il opte pour une position réformabolitioniste. Il a été notoirement influencé par les pensées intellectuelles de Baruch Spinoza et Karl Marx, pour ne citer que les 2 ayant vraisemblablement eu le plus d'impact sa pensée propre.
Au moins jusqu'en 2018 inclus, il semble n'avoir montré aucun signe de réflexion sur l'animalisme. Il a un goût certain pour le tranchant et la ridiculisation de celleux qu'il identifie comme des adversaires, ce qui l'amène parfois à faire des comparaisons avec des animaux non-humains dans le but de rabaisser. Il y a donc de quoi le juger spéciste et de regretter que l'émancipation dont il a émis le souhait s'arrête à priori aux humains. Cependant certains argueront que c'est déjà beaucoup, notamment quand on le situe dans son époque (2ème partie du 20ème siècle et 1ère partie du 21ème siècle) qui a été une période de forte augmentation des inégalités et de bourrage de crâne comme jamais auparavant de l'idéologie bourgeoise (à travers notamment la télévision et plus globalement le "journalisme", dont les guillemets peuvent être compris à travers les publications de l'association Acrimed et "Politique post-vérité ou journalisme post-politique ?" qu'il a publié le 22 novembre 2016 sur son blog "La pompe à phynance" hébergé par le journal "Le Monde diplomatique"). Néanmoins, des animaux non-humains sont probablement exploités à cause de certains de ses actes (puisqu'il est plus probable qu'il ne soit pas végan que l'inverse), et l'émancipation humaine ne leur enlève nulle souffrance non nécessaire infligée par l'humain. Toutefois il n'est pas insensible aux souffrances des animaux non-humains, puisqu'il a au moins lui-même énoncer que les vidéos d'abattoir l'avaient fortement affecté. Mais on peut noter qu'en 2022 il a commencé ostensiblement préférer parler d'anthropocide en lieu et place d'écocide, ce qui est très distinguement spéciste.
Articles
Articles dans "Le Monde diplomatique"
Articles dans le journal "Le Monde diplomatique"
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"Pour la république sociale"
(dans le numéro de mars 2016,
en pages 17, 18 et 19)
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signale surtout le rossignol d'une parfaite innocuité, la subversion en peau de lapin
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L'autre chose à tenir pour certaine est que, si une destitution ne débouchant sur aucune réinstitution est un coup pour rien, une réinstitution sans destitution est un rêve de singe.
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Articles sur son blog "La pompe à phynance"
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"Le paradoxe de la part salariale"
(le 25 février 2009)
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Les bourricots du « théorème de Schmidt »
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Contrairement à cette légendaire ânerie connue sous le nom de « théorème de Schmidt »
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c'est moins simple que le théorème de Schmidt ânonné pendant des années
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il est vital que la part des profits continue à monter – et comme au surplus l'aide des ânes schmidtiens est toute acquise, il faudrait être bête pour ne pas extorquer.
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"Pour une monnaie commune sans l'Allemagne (ou avec, mais pas à la francfortoise)"
(le 25 mai 2013)
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S'imaginer dans ces conditions que le SPD […] pourrait infléchir plus que marginalement les commandements qui découlent mécaniquement de la croyance monétaire allemande est un rêve de singe
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"L'euro, ou la haine de la démocratie"
(le 29 juin 2015)
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En écrivant en janvier que l'alternative de Syriza était de passer sous la table ou de la renverser et qu'il n'y aurait pas de tiers terme, en particulier que l'idée d'obtenir quoi que ce soit des institutions européennes, ou pire encore d'engager leur transformation de l'intérieur, était un rêve de singe
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"Le crépuscule d'une époque"
(le 7 juillet 2015)
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On comprend que ces gens soient réduits à la perplexité d'une poule devant un démonte-pneu quand survient quelque chose de vraiment politique — un référendum par exemple. La perplexité et la panique en fait : la résurgence des forces déniées est un insupportable retour du refoulé.
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"Politique post-vérité ou journalisme post-politique ?"
(le 22 novembre 2016)
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on sait déjà ce qu'il va écrire […] qu'on pourrait même l'écrire dès aujourd'hui […] une telle simplicité donne immanquablement des envies d'automatisation […] à moins […] qu'on ne fasse tirer au sort la construction de phrases par un singe […] Substitution par le système expert ou bien par le macaque
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Il faut avoir fait l'expérience de regards de sidération bovine confrontés à l'idée que la « fin des idéologies », le « refus de l'idéologie », sont des summum d'idéologie qui s'ignorent pour se faire plus précisément une idée du délabrement intellectuel
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"Appels sans suite (1) : le climat"
(12 octobre 2018)
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Avec ce supplément de naïveté qui fait parfois leur charme, les scientifiques des sciences dures, qui ont le plus souvent une conscience politique d'huître
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"Détruire le capitalisme avant qu'il ne nous détruise (à propos de Lubrizol)"
(7 octobre 2019)
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dont on voit comme en transparence la philosophie à la graisse de phoque qui les a animés
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"Ils ne lâcheront rien"
(5 mai 2020)
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il s'ensuit que syndicats réformistes et partis socialistes en peau de lapin sont logiquement tombés dans le trou
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- Le 1er avril 2022, est publié "Leur société et la nôtre". Dans celui-ci, il associe les porcs à des choses qu'il juge bien crades.
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"There is no alternative"
(7 juillet 2022)
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Parler d'écocide n'était pas encore assez. Car après tout l'habitat (l'éco, l'oïkos) ne vaut pas pour lui-même, mais plutôt pour ceux qui l'habitent (les humains, les anthropoï). Que la planète finisse en désert brûlant ou dans une atmosphère saturée en vapeurs d'ammoniac ou n'importe quoi d'autre, ça ne lui cause aucun problème en tant que planète. À nous, pas tout à fait. C'est pourquoi « écocide » n'est pas la catégorie la meilleure pour nommer ce qui est en train de se profiler : « anthropocide », bien davantage.
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"Une bonne fois"
(15 octobre 2022)
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Hormis la frange supérieure des porcs façon Pouyanné Arnault, et la classe nuisible qui les soutient
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"Les demeurés de la « légitimité »"
(7 février 2023)
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Dans le macronisme, c'est-à-dire à l'étage supérieur de cette porcherie morale qu'est devenu le capitalisme finissant
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"L'affrontement"
(29 mars 2023)
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pour ne pas même parler de la porcherie policière
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Livres
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Et la vertu sauvera le monde… Après la débâcle financière, le salut par l'« éthique » ?
(chez Raisons d'agir
et publié en mai 2003,
avec 125 pages numérotées)
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Le lendemain, la « nouvelle économie » coule, c'était un rêve de singe, la convergence une ineptie.
(page 78, juste avant la sous-partie "Les stock-options : des incitations… mais à quoi ?") -
Mais c'est probablement trop demander aux jésuites de la finance, aux moralisateurs en peau de lapin, et aux curés de la corporate governance que de cesser de se voiler la face et de regarder au travers du Vice Fund le capitalisme tel qu'il est.
(page 112, juste avant la conclusion)
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Jusqu'à quand ? Pour en finir avec les crises financières
(chez Raisons d'agir
et publié le 1er octobre 2008,
avec 220 pages numérotées)
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La bulle Internet restera donc comme l'un des cas les plus spectaculaires d'allocation aberrante du capital, massivement dirigé vers des rêves de singe voués à partir en fumée
(page 9 dans l'introduction et plus précisément la sous-partie "Les fausses promesses des marchés financiers"). -
à défaut des investisseurs, voués à se battre comme des chiens pour récupérer quelques lambeaux de leurs mises initiales au milieu ds ruines fumantes
(page 89 dans la sous-sous-partie "CDO : « la guerre des tranches »" de la sous-partie "Les fausses promesses des dérivés de crédit" de la 2ème partie intitulée "Le fléau de l'« innovation financière »"). -
la finance de marché redécouvre ce que Keynes […] avait déjà parfaitement analysé, à savoir que la liquidité n'est qu'une fausse promesse, un rêve de singe
(page 114 de la sous-partie "Tantale et la liquidité" de la 3ème partie intitulée "La chute appelle la chute"). -
les CDO ont pour collatéraux des bouillabaisses de crédits si variés qu'une chatte n'y retrouverait pas ses petits
(page 116 de la sous-partie "Le difficile aveu des pertes" de la 3ème partie intitulée "La chute appelle la chute"). Pour une fois, ce n'est négatif pour l'animal non-humain ! -
On pouvait s'en douter : au moment de passer à l'action, la sainte fureur de Jean Peyrelevade ne donne pas davantage qu'un pet de lapin : que faire pour endiguer les ravages du capitalisme financier ? de la coordination mondiale ! — et rendez vous dans cinquante ans.
(page 210 dans la sous-partie "Pendant ce temps-là en France…" de l'épilogue nommé "Changement d'époque ? Crise financière et délabrement néolibéral").
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Vivre sans ?
(chez La Fabrique
et publié en 2019,
avec 299 pages numérotées)
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Tu te souviens peut-être de Paul-le-poulpe, cette pauvre bête d'aquarium qu'on faisait jouer avec des boules à effigie des pays de la coupe du monde de foot, et à qui l'on prêtait de prédire le résultat des matchs. Gros effets sur l'orientation des paris en ligne. Eh bien, dans cette mesure, Paul-le-poulpe était une institution.
(page 115, fin du point 11 "Nécessité et généralité du fait institutionnel" dans "Philosophies de l'antipolitique (intermittences, virtuoses, amitié, destitution)")
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En travail : conversations sur le communisme
(avec Bernard Friot
et secondairement Amélie Jeammet,
chez La Dispute
et publié en 2022)
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Ça ne sera pas l'harmonie en actes, le fleuve tranquille ou le lait et le miel.
(page 90, fin de la 1ère partie "L'essentiel en accord")
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Interventions "spontanées"
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Dans l'émission de Hors-Série
(publié le 5 novembre 2016)
avec Judith Bernard,
dont le sujet est le livre "Les affects de la politique",
il évoque la cause animale.
il y a aussi des mécanismes […] d'auto-aveuglement du corps social, qui ne souhaite pas toujours voir Frédéric Lordon : Oui. Judith Bernard : […] par rapport aux mémoires de Simone de Beauvoir […] qui racontait que dans la revue […] où elle travaillait avec Sartre, il recevait énormément de témoignages sur la torture en Algérie et comment ils s'en étaient fait l'écho […], on reprochait au montreur de l'obscène […] d'être complice de l'obscène […], en fait c'était une manière de refuser, parce qu'il y a des tas de choses que l'on ne souhaite pas voir, et donc, faire émerger ces images, c'est pas seulement lutter contre la censure pouvoir, c'est aussi lutter contre les mécanismes du corps social tout entier. Frédéric Lordon : Oui, c'est vrai. Il y a une proposition très puissante dans le texte de Spinoza dans la partie 3 qui dit ceci :
l'esprit autant qu'il peut s'efforce d'imaginer ce qui augmente la puissance d'agir de son corps
. C'est vraiment de cela qu'il s'agit, parce que c'est le mécanisme de réduction de la dissonance cognitive, c'est-à-dire si des idées ou des images trop attristantes me parviennent, alors il peut y avoir un mécanisme réactionnel du conatus; qui va leur faire barrage, qui va les écarter, qui va s'en détourner, etc. Tu cites là l'exemple de Simone de Beauvoir. Moi il y a un autre exemple extrêmement différent auquel je pense et qui est celui d'une politique de la condition animale. […] l'abattage des animaux a été sorti des centre-villes, il y a un moment où la sensibilité a évolué d'une manière tel qu'il devenait intolérable qu'on abatte en pleine ville, que le sang coule dans les caniveaux, etc., et les abattoirs ont été envoyés en périphérie. Ils ont été envoyés en périphérie précisément pour que la sensibilité soit épargnée, pour qu'on ne voie plus. Et alors on voie bien l'effet que produit la diffusion de ces vidéos sur l'intérieur des abattoirs. C'est terrible, alors les regarder ou ne pas les regarder ? Si tu veux pouvoir continuer à manger de la viande avec la paix de l'âme, il ne faut pas les regarder. Je dois avoir que je ne les ai pas regardé, ça me soulèverait le coeur. Il est possible que ça me le soulèverait, puis que je retrouverais mon assiette et que 3 semaines plus tard je me ferais un beef-steak, quelque chose comme ça, mais c'est ça les mécanismes passionnels. Si on nous obligeait à voir ça et bien il s'en suivrait certainement des effets tout à fait considérables sur notre rapport à la consommation de produits carnés, et de même pour toute une série d'autres choses. Il y a ce passage d'Orwell […] où Orwell montre ce qu'on ne veut pas voir en tant que consommateur, c'est-à-dire les conditions concrètes dans lesquels sont produites les choses dont nous jouissons […] Il y a des luttes […] qui au début paraissent à moitié hystérique, etc., et puis certaines peuvent faire du progrès, certaines peuvent gagner. -
Le 11 avril 2019,
il a fait une conférence à l'université d'Évry
avec Daniel Bachet comme invitant.
Dans celle-ci, à la 14ème minute, il dit
sortir des vidéos d'abattoir, pour le coup cela fait quelque chose, c'est des choses que vous voyez, cela frappe votre corps, et par conséquent votre esprit
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