Punjo et les animaux non-humains
Punjo est une femme blanche et brune, née au tout début du 21ème siècle ou juste avant. Théoriquement et politiquement, elle se revendique du marxisme, et plus précisément son courant léniniste anti-stalinien. En grande pourfendeuse de canapé du capitalisme, elle nourrit ostensiblement sur son temps libre Google YouTube et Facebook Instagram (des méga-plateformes ordinatiques, centralisées et privatrices, évidemment capitalistiques et autoritaires, vivant en bonne partie du bourrage de crâne consumériste et de la violation massive de la vie privée), sans même être au moins aussi sur des plateformes fonctionnellement similaires (tels que PeerTube et PixelFed) et en accord avec ses proclamations idéologiques (ce qui, du coup par ce qu'elle donne à constater, sont plutôt dans le vent et de posture). Par ailleurs, elle est clairement féministe (et s'est intéressement exprimée sur la prostitution), mais elle semble percevoir comme anecdotique les luttes spécifiques d'émancipation du patriarcat des femmes au profit d'une conception qui met le prima sur l'évolution technologique et sociale que le capitalisme a engendré et qu'il faut néanmoins dépasser (cf. Le patriarcat est-il indépendant du capitalisme ?, 13 mai 2020, Big Brother YouTube du Capital).
Actualités
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Le 27 avril 2020, elle publie une vidéo nommée "Pourquoi je suis vegan ?". Elle l'a fait via Google YouTube, et vraisemblablement uniquement par ce biais malgré qu'au moins à cette époque elle se déclarait marxiste et pour l'abolition du capitalisme (alors qu'il y a des alternatives non-marchandes comme le partage par BitTorrent et des instances non-lucratives du logiciel libre PeerTube), ainsi que malgré que la vidéo soit le moyen le plus lourd d'expression et donc demandant le plus de travail (synonyme de souffrance dans le monde capitaliste dans lequel elle s'inscrit, ce qui de plus comprend là l'exploitation d'enfants et d'adultes dans des conditions particulièrement odieuses) et provoquant le plus de dégradation environnementale (qui touche les animaux non-humains et humainement avant tout les pauvres de la Périphérique dans le cadre d'un impérialisme d'import de valeur d'usage et d'export des nuisances ayant conduit à les faire advenir ou, impérialistiquement mieux encore, de non-import de celles-ci).
Elle commence par une citation de la marxiste Rosa Luxembourg, provenant d'une lettre à Sonia Liebknecht, datée du 24 décembre 1917 et écrite en prison. Dans cet écrit, Rosa Luxembourg exprime une fort empathie envers un mammifère non-humain. Si l'on veut la citation, un peu longue, la voici :
Pendant qu'on déchargeait la voiture, les bêtes restaient immobiles, totalement épuisées, et l'un des buffles, celui qui saignait, regardait droit devant lui avec, sur son visage sombre et ses yeux noirs et doux, un air d'enfant en pleurs. C'était exactement l'expression d'un enfant qu'on vient de punir durement et qui ne sait pour quel motif et pourquoi, qui ne sait comment échapper à la souffrance et à cette force brutale… J'étais devant lui, l'animal me regardait, les larmes me coulaient de mes yeux, c'étaient ses larmes. Il n'est pas possible, devant la douleur d'un frère chéri, d'être secouée de sanglots plus douloureux que je ne l'étais dans mon impuissance devant cette souffrance muette.
Juste après ça, elle enchaine avec ce qui est selon elle les conditions de possibilité de la cause zoonimale, à savoir des capacités productives suffisantes pour nous passer totalement de la zooexploitation et la mise à mort des animaux non-humains, sans que cela nous pose de problème de santé (résolue effectivement par la découverte et la production artificielle de vitamine B12, ainsi que par une gamme suffisante et accessible d'aliments végétaux pour obtenir tous les nutriments essentiels et en quantité suffisante). Mais elle ne s'arrête pas là et rajoute le confort humain, alors qu'on jugerait plutôt que c'est un levier de facilitation et non de possibilité, et dans le cas contraire l'argument de nécessité du confort devrait s'appliquer pour toutes les autres exploitations (dont, à tout hasard, le patriarcat). De plus, d'après elle (en 2020), il n'y aurait toujours pas, à cause du capitalisme, des capacités productives totalement développées pour passer à une société zoovégane ou végane, c'est-à-dire (elle le précise) à l'ensemble de ses membres et non seulement une fraction.
Puis elle proclame être végane contre l'exploitation animale et la mise à mort des animaux, ce dans un sens implicitement zoonimaliste, bien qu'elle le soit probablement dans une conception darwinienne de l'animal (qui y inclut l'humain). Elle rajoute qu'elle se déclare contre la marchandisation et l'objetification des animaux (non-humains), pour immédiatement faire un pas de côté par rapport à la manière courante d'envisager le (zoo)véganisme dans son contexte géographo-socio-culturel, en cela qu'elle ne croit pas à la stratégie du boycott, mais qu'elle se pense en revanche contre le produit en lui-même de la zooexploitation et pas contre les conditions d'exploitation (c'est-à-dire qu'elle est une zoovéganiste abolitionniste et pas dans une position de bien-êtrisme / welfarisme, mais cela n'est là ni une position bien originale ni particulièrement spécifiquement marxiste).
Elle fait ensuite une analogie avec l'industrie textile, qui pour une partie exploite des gosses humains et se soucie pas ou peu de l'environnement, cependant elle n'en fait pas pour autant le boycott (mais elle n'encourage pas pour autant ces conditions de production), car là le problème est le capitalisme (et y compris la compulsion hyper-consumériste, qu'il a fait naitre et fait en sorte de croite, qui est, au moins conjoncturellement, supérieur à la capacité de produire d'une manière socialement et écologiquement satisfaisante et qu'il faudrait donc brimer dans les centres capitalistes si la révolution socialiste était faite maintenant ?), et pas l'industrie en tant que telle. Une autre analogie suit, mais cette fois pas pour soutenir le même propos. Bien qu'il fasse selon elle abolir le capitalisme pour lutter contre le sexisme (alors que le capitalisme ne s'accommoderait t'il pas très bien d'un humain abstrait, tel qu'il le dégage tendanciellement et lentement, en montrant dans la production et l'avancée scientifique qu'entre autres la couleur de peau et le sexe n'ont aucune pertinence asociale objective), elle affirme lutter néanmoins dès aujourd'hui contre les comportements sexistes et y compris contres les potentiels siens, ce qui se situe plutôt dans une approche culturaliste de la chose ou plus spécifiquement on peut dire que ça s'inscrit dans un cadre bourdieusien d'analyse qui par son concept d'habitus ne nie ni l'individu ni la société qui le façonne. Elle justifie ça par l'argument que le sexisme divise la classe ouvrière et qu'on aurait donc à lutter contre, mais certains pourraient lui renvoyer son argument à la figure, en contre-attaquant par l'affirmation que la prise en compte du sexisme (ou d'un supposé sexisme pour les anti-féministes) ne fait pas consensus au sein de la classe et qu'y introduire non-anecdotiquement ce sujet contribuerait en conséquence à fragiliser son potentiel d'unité de classe. Mais elle ajoute que même si ce n'était pas le cas (l'argument avait-il finalement un intérêt pour l'explication de sa position ?), elle lutterait tout de même contre le sexisme, en féministe-sépariste qu'elle est prête à être !
Après quelques élucubrations diverses, elle se lance dans le pourquoi de ce qu'il lui semble moralement mauvais dans le non-zoovéganisme. La première objection qu'elle présente est le fait de tuer des animaux qui ne veulent pas mourir (ou plutôt qui ne veulent pas primitivement mourir, car les conditions d'exploitation auxquelles ils sont soumis pourraient bien par désespoir en avoir donné l'envie). La seconde est l'accentuation à l'extrême d'un ou plusieurs traits de l'espèce, l'hypertype, pensé comme étant au profit de l'humain (mamelles énormes pour plus de lait, surdéveloppement de la masse musculaire qui pose problèmes aux os et donc pour marcher, caractéristique jugée esthétique trop accentuée au point d'être corporellement un handicap, etc.) qui peut causer de graves souffrances aux animaux engendrés par cette méthode de sélection ou sélection poussée dans un niveau disproportionné. Elle s'attaque ensuite au gavage des canards et oies, qui développent notamment la stéatose hépatique, qui seraient néanmoins pour eux normalement réversibles et seraient pour eux apparemment contractables naturellement. C'est suivi par la tuerie à la naissance pour cause de non-rentabilité à cause du sexe. Elle continue en affirmant que les animaux ont un intérêt à vivre, qui est en fait le même que le premier (à savoir tuer des animaux qui ne veulent pas mourir) formulé d'une manière différente, en se basant pour cela sur la sentience qu'ils ont (y compris les poissons comme elle le dit) et que plus grand monde ne nie (du moins pour à minima les mammifères et les dauphins).
Elle revient ensuite à son productivisme et donc son attachement à un développement fort des forces productives (que la décroissance veut par exemple considérablement réduire en quantité, au profit néanmoins d'une augmentation de la qualité, autant des produits que que des vies derrière l'abstraction des forces productives par un autre rapport social et environnemental, c'est-à-dire in fine améliorer la qualité de vie comme expliqué par les 100 premières bonnes pages et le lexique du livre "Comprendre l'écologie politique" publié en 2012 par l'Union des FAmilles Laïques, et non un confort matériel basé sur une énorme quantité de matières mobilisée directement) pour dit-elle satisfaire tout le monde (alors qu'il y a depuis longtemps largement assez pour satisfaire convenablement les besoins de base et que la force n'est pas seulement matérielle mais aussi intellectuelle, comme le rappelle, si besoin était, la permaculture, et que ce prisme d'analyse pronostique que c'est avant tout ça à développer dans la production pour atteindre un stade durable qui serait bien moins consommateur de matières et dans lequel la photosynthèse non-artificielle occuperait vraisemblablement une place considérable, et avec une grande variété d'êtres non-humains dans un but productiviste mais aussi anthropologique de diversité alimentaire et de beauté). Mais là-dessus et à ce moment, c'est en vérité lui faire un procès fallacieux de s'attaquer à sa focalisation aiguë (parfois excessive selon nous) au niveau des forces productives, qui pour elle n'est pas une mauvaise chose en soi (ce qui est vrai, mais à raison de correctement l'analyser, ou au moins d'une manière pas trop mauvaise, donc avec la prise en compte écologique et social de la production et du monde que ça produit comme c'est fait entre autres par la décroissance, et de ne pas sur-estimer ce facteur qu'est la productivité) et l'intérêt de son évocation de celles-ci est ailleurs (mais notre critique prépare pour partie la critique de son propos, tout en s'inscrivant plus généralement dans une critique générale d'un des éléments structurants de sa pensée, jugeable trop mécaniciste et avec un intérêt pour le confort). Continuer à exploiter les animaux non-humains d'une manière bien-êtriste / welfariste forte représenterait beaucoup d'efforts pour au final une production faible pour l'humain, donc l'intérêt à le faire serait faible, mais c'est là en avoir une vision fort étriquée, car ça ne prend pas en compte, ou trop, les externalités positives possibles des animaux non-humains et ce en particulier dans un système complexe mêlant la production végétale et zoonimale pour notamment tirer parti des bénéfices mutuels (donc non-séparables) qu'ils peuvent s'apporter (comme c'est mis en avant notamment au sein de la permaculture), et qu'en conséquence la manière "classique" de délimiter une force productive est tronquée par rapport au réel, tout en pouvant conduire à une apparente croissance de la puissance productive globale (meilleure science, plus d'humains, plus de machines, des machines plus sophistiquées, meilleure organisation sociale, etc.) qui sous un autre prisme en est en réalité potentiellement sa réduction (de par la prise en compte, autre que déclarative, de la puissance productive naturelle non-humaine, qui est souvent occulté ou grandement minimisée dans un mode de pensée imprégnée de la perception capitaliste du monde, car celle-ci s'attache avant tout à considérer comme pertinent ce qui est exprimé en argent et que l'intégration de la nature non-humaine dans un mode de pensée focalisée par la valeur marchande s'est jusqu'à maintenant fort peu faite et que les travaux en ce sens se heurtent aux structures objectives de la libre-concurrence internationale qui sont bien peu propices à intégrer ce facteur dans la formation des prix et de certaines non-marchandises ayant déjà une expression monétaire pour avoir une meilleure vue macro-économique, en particulier par la prise en compte des services publics qui ont toutefois en pratique déjà un versant monétaire de par les salaires des travailleurs et travailleuses et la socialisation étatique et/ou para-étatique de ce qui est considéré comme valeur économique qui est nécessaire au versement des dits salaires).
Elle diserte après sur la morale, qu'elle décrit (d'une façon trop rapide, c'est-à-dire pas assez nuancée, car mono-factorielle), comme étant l'intérêt (qu'elle semble implicitement juger nécessairement objectif) d'une classe sociale. Mais, comme elle le remarque elle-même, le zoonimalisme et le zoovéganisme ne sont pas liés à des intérêts d'anthropo-classe. Elle énonce alors qu'il faut penser la morale et être prêt·e à la remettre en cause. De plus, elle avance que même si la morale est un mauvais argument, ça peut néanmoins être un facteur fort de motivation, et qu'il ne faut donc pas s'y désintéresser.
Après ça, elle en revient au zoovéganisme et au capitalisme. Elle énonce que la sauvegarde de l'Industrie animale (avec Industrie ne désignant pas là exclusivement ce qui est industriel) est dans l'intérêt du capitalisme, alors que c'est plutôt dans l'intérêt de certains capitalistes et non de plus généralement la classe bourgeoise, qui elle peut très bien s'en passer avec intérêt, par exemple avec des produits artificiels industriels (simili-viande, machinerie et chimie à gogo dans l'agriculture, jeux vidéos de chasse avec de la "réalité virtuelle", zoos virtuels, robots de compagnie, etc.), comme c'est d'ailleurs martelé par certains opposants au véganisme qui le réduise abusivement à l'industrialo-véganisme (comme Jocelyne Porcher). La théorie marxiste a dégagé 2 macro-classes sociales, mais elle ne nie normalement pas pour autant qu'il y a des sous-classes au sein de chacune, y compris de la classe bourgeoise, et ce par exemple avec les capitalistes industriels et les capitalistes financiers qui ont un intérêt macro en commun et néanmoins aussi des intérêts antagonistes de rang inférieur.
Mais est-ce que le véganisme, ou plutôt dans son exposé et pour être nous plus précis le zoovéganisme, est dans l'intérêt de la classe ouvrière ? Elle est bien obligé de reconnaitre que pas franchement. Mais elle s'accroche aux conditions de travail difficiles dans les abattoirs, que le capitalisme pourrait pourtant se passer par des machines pour faire cette tâche et/ou des remplacements non-animaux, donc c'est un argument plutôt fumeux (en tout généralité) ou conjoncturel (au capital fixe actuel et aux habitudes de consommation) pour raccrocher la classe ouvrière à l'intérêt au zoovéganisme.
En revanche, son analyse psychologique du travail réalisé dans les abattoirs (qui conduit à l'objetification des zoonimaux pour que ce soit tenable psychiquement et est bien plutôt subi pour avoir un salaire que choisi parmi une large gamme de possibles) l'a conduit, malgré son zoonimalisme abolitionniste, à ne pas en condamner les travailleurs et travailleuses, ce qui est distinguant par rapport à une partie du mouvement en faveur de l'abolition de la zooexploitation et zoomort organisés, ainsi qu'évidemment propice à un moindre rejet de ces idées zoonimalistes par ces personnes et leurs proches. Elle note aussi judicieusement que l'objetification des zoonimaux n'est pas le propre des gens les exploitant et/ou les mettant à mort, mais que c'est bien plus répandu, car il est par exemple beaucoup plus facile d'accepter de manger de la viande animale en faisant fi du ou des animaux antérieurement bien vivants qui en ont été une condition de possibilité (en tout cas dans la manière exclusive, ou du tout moins hégémonique d'une façon particulièrement écrasante, contemporaine à sa vidéo d'obtenir de la viande, car on pourrait imaginer ne faire que des prélèvements partiels sur l'animal et même lui fournir une ou des prothèses pour la ou les parties qu'il lui aurait été arraché).
Elle fait ensuite un geste spinoziste. Certes on peut ne pas avoir personnellement directement intérêt à quelque chose, mais l'effet produit d'une chose sur quelque chose d'autre auquel on est sensible nous donne indirectement un intérêt là-dessus, à la repousser ou l'anéantir pour ce qui nous parait attristé l'autre ou lui procurer ou lui faire procurer ce qui nous parait lui apporter de la joie. On en profite pour dire que cette vision individuelle peut très bien se conjuguer à une approche structuraliste, comme le fait notamment le spinoziste-marxiste Frédéric Lordon, qui a là-dessus notamment écrit "La Société des affects - Pour un structuralisme des passions" (originellement paru en 2013 aux éditions Seuil et disponible depuis 2015 au format poche aux éditions Points). Pour en revenir à son propre propos, au-delà de l'explication à sa façon de l'argumentaire appliqué dans un premier temps spécifique à l'humain pour l'humain, elle défend évidemment que l'humanité aurait un intérêt à vivre sous une forme de cohésion-paix avec les animaux non-humains. Par la suite, elle invite à avoir un autre rapport (que celui dominant dans l'espace géographico-historique du quel elle s'exprime) à eux (qui serait non-objetifié et plutôt compassionnel) et aussi à la Nature (ou juste au reste de la Nature ? que Karl Marx qualifiait parfois de Nature extérieure et sous-entendant par là que l'humain faisait bel et bien partie de la Nature tout court, cf. "Marx écologiste" par John Bellamy Foster aux éditions Amsterdam en 2011). En effet, ça nous donnerait du plaisir de vivre ainsi, par au moins la compersion (sentiment éprouvé lorsqu'on se réjouit du bonheur d'autrui) et le savoir que l'on pourrait tirer de ces conditions (rejoignant une fois de plus une vue spinoziste, car la compréhension rationnelle du monde nous apporterait le bonheur selon cette philosophie et ça en serait même le moyen ultime).
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Le 4 mai 2020, elle publie, via Google YouTube, "Comment lutter pour la cause animale ?". Elle introduit textuellement la vidéo ainsi :
Quel est le meilleur moyen de lutter dans l'intérêt des animaux ? Est-ce qu'être vegan est une solution ? Peut-on espérer moraliser l'économie capitaliste ? En quoi le socialisme est-il une bonne réponse ? Je réponds à tout ça, en espérant pouvoir convaincre des animalistes !
Elle commence par énoncer que nos rapports aux animaux non-humains ont évolué conjointement à l'évolution de nos moyens de production, autant sous l'aspect matériel que des connaissances. Et, aujourd'hui, de par nos capacités productives, nous pourrions nous passer intégralement de l'exploitation des animaux non-humains et ne plus les tuer pour en retirer de la valeur d'usage, d'où le fait que l'on puisse avoir matérialistiquement une position abolitionniste, et cela favorise le débat sur l'exploitation zoonimale et la zoomort volontairement provoquée (hors cas de légitime défense). Mais est-ce que ce niveau des forces productives est désirable ? est-il ne serait-ce que durable ? ou, le cas échéant, pourrait-il le devenir ? Si non, alors la possibilité de l'idéal véganiste ne serait alors qu'une parenthèse de l'Histoire. Mais Punjo n'exprime pas, en tout là, ce genre de questionnement et ce qui peut s'en suivre.
Après cette introduction, elle se propose d'apporter sa pierre au débat. Pour ce faire, elle revendique adopter un point de vue marxiste. Elle constate que ce type de point de vue lui semble à peu près quasiment totalement absent dans le milieu animaliste, et elle compte donc contribuer à y remédier, alors que c'est selon elle
le seul moyen de lutter efficacement pour la cause animale
, et vlan !Malgré que nous ayons la capacité productive suffisante pour faire advenir une société stricto-végane, l'organisation capitaliste de la société actuelle ne nous permettrait pas de faire une transition concrète. Pourtant, comme l'esclavage humain et le travail des enfants, ça ne s'oppose pas aux fondamentaux du capitalisme (autant du point vue définitionnel par les rapports sociaux du marxisme "classique" que par celui par les catégories de la critique de la valeur-dissociation / Wertkritik / Wert-abspaltungskritik), donc on pourrait s'imaginer (à tord selon elle) que le capitalisme s'adapterait s'il y avait une volonté collective véganiste forte (dans la même lignée, sur le fond de l'argument et en bien plus développé, on recommande "Anticapitalisme et antiracisme" dans "Figures du communisme" de Frédéric Lordon et paru aux éditions La Fabrique en 2021). De plus, on peut trouver ça plus généralement bien péremptoire après 2 siècles de capitalisme comme système dominant, car il nous a bien démontré sa plasticité, contre tou·te·s celleux qui ont historiquement annoncé son incompatibilité avec ceci ou cela, quand ce n'était pas sa fin prochaine.
Elle continue en s'intéressant à ce qu'elle identifie comme les 2 méthodes qu'emploieraient majoritairement le mouvement zoonimaliste, à savoir le boycott et une forme de lobbying. Elle en déduit que le but est de moraliser cette partie de l'économie et non pas remettre en cause le système dans son entièreté. Or c'est tout le capitalisme qui est un système d'exploitation. Cela concerne les animaux non-humains et les humains. Et elle trouve l'exploitation humaine condamnable aussi, tout en profitant pour citer quelques exemples. Il n'y aurait donc pas à se focaliser exclusivement sur celle subie par les animaux non-humains.
De plus, puisque plein d'autres choses que la zooexploitation qui seraient (dans son prisme) mauvaises, il faudrait les boycotter autant que faire se peut. Mais très vite, on se rendrait alors compte qu'il faudrait boycotter une liste infernale de choses, si ce n'est pas quasiment tout, du moins du point de vue de ce qu'a offrir la société en biens et en services et en excluant donc ce qu'offre la "Nature extérieure" et ce qu'il nous est possible d'auto-produire (en lien évidemment toutefois avec la "Nature extérieure"). Le boycott est-il alors pertinent ?
Puisque l'exploitation intensive jusqu'à épuisement, autant des animaux (dont l'humain est une espèce) et de la "Nature extérieure" (pour reprendre une expression de cher Karl Marx), serait au coeur même du système capitaliste, qui chercherait à extorquer au maximum, on ne pourrait pas compter sur lui pour un changement moral dans la production. On peut néanmoins trouver que c'est invalidé par l'Histoire (interdiction du travail des enfants, État social, etc.), mais on pourrait contre-arguer à ça que ça s'est fait dans le Centre et pas globalement (donc en n'en faisant pas bénéficier la Périphérie, ou qu'une sous-partie de celle-ci), donc qu'il y a eu des progrès moraux que dans certains espaces géographiques et que donc ça ne poserait pas problème au système puisque celui-ci a une plus vaste étendu.
Elle attaque ensuite le boycott sur le fait qu'il y aurait une surproduction par rapport à la demande. Du coup, 1% de boycott n'a pas grand influence. Mais l'idée est que ce taux monte bien plus haut. Bien peu de gens, si ce n'est personne, ont exprimé qu'un taux si ridicule serait suffisant. En bonne marxiste, elle exprime d'ailleurs que les crises du capitalisme sont des crises de surproduction. Du coup, avec ce raisonnement, augmenter suffisamment le taux de boycott est intenable au bout d'un certain seuil, donc entraine une réduction de la production, comme le boycott le vise au moins à court-terme comme moyen de pression et visibilisation de la cause.
Puis elle rappelle à raison qu'au moment où elle s'exprime
la production actuelle ne permet pas d'être à 100% végan
(ou dit autrement stricto-végan). En effet, par exemple certains biens de santé ont été testés sur des animaux non-humains et il n'y a pour l'heure aucun remplacement, or on voit mal les gens refusés de se faire soigner pour des maux graves, si ce n'est éventuellement une petite poignée mais du coup vraisemblablement pas les masses. Du coup, elle en conclue que le boycott est insuffisant et plus généralement que le problème a une origine plus profonde que la consommation et qu'il faut donc prendre en compte la chose adéquate et pas se cantonner à la consommation.Elle continue avec des petites phrases, assez navrantes sur le plan intellectuel. La première met en cause abusivement le capitalisme, tandis que la seconde injecte du féminisme qui n'a là pas trop raison d'être, même si le féminisme est une cause tout à fait valable et qu'il faut donc faire progresser.
Presque la totalité de la production capitaliste découle, à un moment ou à un autre, de l'exploitation des animaux ou de la destruction de leurs environnements.
Tout d'abord, on peut remarquer que la destruction environnementale va au-delà du véganisme compris d'une manière étroite, car cela n'est pas de l'exploitation animale. Ensuite on peut se demander là-dessus ce qu'elle aurait à proposer, car il est fort peu probable qu'on arrive un jour à ne plus les altérer et qu'au moins ne plus les détruire exigerait probablement d'en finir ou presque avec l'industrialisation, ce qui sera peut-être inéluctable d'ailleurs, mais ça ne semble pas être sa ligne.Elle enchaine avec
l'accessibilité des produits végans ou, si on veut s'en passer, du fait de devoir cuisiner plus et du coup d'alourdir la charge du travail domestique, qui retombe en général sur les épaules des femmes.
Mais les aliments végétaux sont bien souvent moins chers que les produits alimentaires animaux, donc parproduits végans
elle semble ne désigner que les produits industriellement transformés d'une manière lourde, notamment un certain nombre des similis et les plats tout faits. Mais, hormis ces derniers, cuisiner des végétaux ne met pas forcément plus de temps. Comme le rustre que je suis, on peut se contenter de tout balancer dans la casserole et tout faire cuire en même temps. Il faut néanmoins, il est vrai, faire un peu de découpage préalable pour les tubercules (comme la patate) et les racines (comme le manioc), mais les céréales (comme le riz et la semoule de blé), les légumineuses (lentilles, pois chiche, haricot sec, etc.) et les graines oléagineuses secs peuvent être foutus sans la moindre préparation. Bref, hormis vouloir des mets sophistiqués, qui nécessitent dans tous les cas plus de travail, le végétalisme ne semble pas plus demandeur de boulot, ou juste un peu, donc l'argument de l'accessibilité, à part si l'on veut des similis gustatifs et d'apparence, semble pour le moins infondé.Elle met ensuite en avant que les capitalistes ont une très grande force de frappe d'influence (à travers la publicité, les partenariats, etc.), ce qui lui sert à appuyer l'importance de changer de système et de ne pas trop en attendre de l'inflexion des choses par de la consommation à vocation responsable / éthique. Ensuite elle énonce que le développement de l'industrie végane (qui n'est nullement nécessairement alimentairement, si ce n'est pour la vitamine B12) ne va nullement avec la fin de l'exploitation zoonimale, car, d'un point de vue capitalistique, c'est juste un nouveau marché, investi avec l'idée d'y faire du profit, bien que certaines personnes aient pu y aller avec une vocation avant tout éthique (mais, au fur et à mesure du potentiel développement, elles seront vraisemblablement tendanciellement de plus en plus marginalisées). Elle accorde néanmoins que ça peut être positif sous certains aspects, mais pour tout de suite alerter que le bilan global ne l'est pas pour autant forcément, car par exemple l'industrie végane peut à la fois réduire l'exploitation zoonimale et être écologiquement pire que ce qu'elle remplace ou renchérir certains biens et donc accroitre des inégalités sociales d'accès à ceux-ci.
Elle enchaine avec un point de vue plus global. Certes, on pourrait imaginer que le capitalisme arrête d'exploiter les animaux non-humains. Cependant ce qui importe n'est pas que ça, car c'est plus généralement leurs intérêts. Et, parmi ceux-ci, il y a jouir d'un environnement sain. Or le capitalisme pourrait hypothétiquement en même temps ne plus les exploiter et continuer de polluer et de détruire les environnements. Bref, on retombe sur le message qu'elle martèle : le capitalisme c'est pas bien, il faut passer à autre chose, en l'occurrence le socialisme ou communisme (et l'expérience stalinienne n'en a jamais été, malgré ce qu'il a pu dire).
Elle affirme ensuite du fort scepticisme sur la possibilité d'une transition dans le capitalisme. En effet, il faudrait, selon elle, prendre soin des animaux non-humains (pourquoi cette attitude paternaliste ?), et pourquoi pas créer des parcs (ce qui nécessiterait soi-disant de la thune, alors qu'on pourrait se contenter de réserves naturelles, ce qui a d'ailleurs été fait sous Lénine, et ce qui nécessite pas d'argent mais de soustraire certaines zones géographiques à l'économie, voire plus globalement aux activités humaines non-contemplatives). Tout cela nécessiterait d'énormes investissements, qu'il faudrait bien financer, mais il faut bien une source à aller puiser pour ça, or ce serait capitalistiquement vu comme non-rentable, donc à ne pas faire car les bienfaits sont ignorés dans le mode capitaliste d'appréciation.
Mais il n'y aurait pas besoin d'investir que pour ça. Il faudrait aussi investir dans la recherche, pour se passer des animaux non-humains là où on en utilise encore. Pourquoi ne pas envisager de juste se satisfaire de ce que l'on a déjà ? Certes on peut vouloir continuer de progresser, mais ce n'est en soi pas un impératif et on pourrait le faire plus lentement pour réduire l'ampleur des changements à opérer pour transitionner en une société végane et donc réduire l'ampleur des moyens nécessaires à y allouer. Si certaines choses ne sont plus possibles en l'état, on pourrait même envisager de régresser, tout dépend là de la puissance de l'anti-spécisme en tant que force matérielle (et donc de rapport de force avec le reste des gens).
Elle en conclut qu'il ne faut pas juste prôner que quelque chose serait moral pour qu'on change en ce sens, mais qu'il faut qu'il y en ait les conditions matérielles pour la concrétisation. Pour taper un peu plus sur la consommation, elle érige, pour les besoins de son acharnement, un mauvais argumentaire et un mauvais reproche. En considérant que les consommateurs et consommatrices devraient faire pression pour que les choses changent, on accepterait alors le monopole de la production par la bourgeoisie. Pourtant on peut juste envisager que c'est un levier parmi d'autres et autant ne s'auto-priver d'aucun. Avec ce même argumentaire, s'opposerait t'elle aux piquets de grève qui appellent au boycott (d'un restaurant, d'un hôtel, etc.) ? La souhaitable révolution qui démocratiserait la production doit-elle barrer la route aux actions de moins grande ampleur que l'on peut réaliser avec une moindre force ?
Rejoignant jusqu'au trognon son idéologie marxiste, elle affirme idéalistiquement que la première revendication que devrait avoir le mouvement zoonimaliste serait la socialisation démocratique de la production. Sauf que le terrain n'est pour le moins pas très fertile (au vue de la sociologie de ce mouvement) et que cela n'aboutirait nullement nécessairement à une société végane comme elle le souhaite. Si l'on voulait que le mouvement zoonimaliste connaisse une telle inflexion, il va falloir y mettre de l'énergie (et pas juste de belles paroles), donc du militantisme en ce sens et de préférence d'une manière structurée. De plus, même si on considérait que le socialisme/communisme était une condition nécessaire au passage à une société végane (et qu'on faisait ainsi probablement l'erreur de sous-estimer la plasticité du capitalisme), ça ne serait pas pour autant une condition suffisante.
Néanmoins, juste après, elle montre qu'elle ait consciente de ce petit détail. Elle commence par vanter les bienfaits attendus, pour l'humain ou du moins pour les humains vivants dans une société socialiste/communiste, de l'aiguillonage de la production par les besoins et non plus par les profits saisis dans une conception capitaliste. Parmi ceux-ci, il y aurait la transparence et l'éducation du plus grand nombre, donc ce serait favorable à l'élévation des débats, et les débats sur les animaux non-humain ne feraient bien évidemment pas exception. De plus, la recherche produirait
un florilège d'inventions accessibles […] sur toutes les alternatives végétales et qui donneraient du coup plus envie de passer cette transition
. On peut trouver que c'est un biais dangereux, car ça fait retomber sur des désirs humains de consommation au lieu de focaliser sur un désir de bien se sentir vis-à-vis d'autres et de la compassion que l'on a pour elleux. Pour faire une analogie, on pourrait miser sur les jouets sexuels (avec plein d'innovations grâce à la recherche boostée) pour faire régresser les viols (et ça pourrait être tout à fait efficaces), mais ce serait une manière bien fragile et fort imparfaite de faire régresser le patriarcat.Ensuite elle énonce qu'aujourd'hui environ 90% de la population française se positionnerait contre l'exploitation intensive des animaux non-humains, mais on peut constater en pratique que la majorité de ses membres n'en a en réalité pas grand chose à foutre au vue des actes qu'ils font, d'une manière similaire à l'écologie qui est plus présente chez les personnes aisées (qui paradoxalement sont celles qui polluent le plus, comme quoi la prétention n'est pas forcément un moteur à joindre les idées qu'on s'attribue et les actes qui incarnent de fait des positions en accord avec certaines idées, qui peuvent être bien différentes de celles qu'on se plait à énoncer pour soi, malgré qu'on pourrait dans un certain nombre de cas relativement sans des contraintes énormes les faire correspondre ou au moins significativement y tendre). Du coup, elle pense que la population a une vue progressiste là-dessus et que ce serait appliqué si elle était au pouvoir. On pourrait donc
être à peu près sûr que la maltraitance animale prendrait fin
(car elle ne peut avoir lieu qu'en élevage intensif !).Resterait toutefois la question de leur exploitation, de leur marchandisation, de leur mise à mort, et c'est ce qui intéresserait les personnes véganistes (ou plutôt les anti-spécistes ? car bien que les 2 aillent bien ensemble, il n'y a pas pour autant une égalité). Est-ce que la démocratisation de la production conduirait jusqu'à remettre en cause ces choses là ? Ce serait nécessaire, mais elle reconnait que ça n'y conduirait pas mécaniquement et elle apporte des éléments de réflexion.
Elle affirme que l'élevage intensif aurait énormément augmenté en terme de productivité. Mais en productivité de quoi ? De bouffe pour nourrir les ventres ou en nourriture spécifiquement zoonimale ? Augmenter la productivité pour satisfaire des désirs superficiels n'est pas la même chose que pour satisfaire des besoins physiologiques, donc l'augmentation de la productivité n'a pas forcément en soi un grand intérêt. Ensuite on peut s'attarder sur la soi-disante augmentation de productivité. Mais n'est-elle pas indéniable ? Les quantités produites ne sont-elles pas indiscutablement bien plus grandes ? Elles le sont, du moins jusqu'à maintenant. En effet, elle a vraisemblablement été obtenue, au moins pour partie, au détriment de la productivité sur le long-terme, par destruction des sols, changement climatique, sur-pompage d'eau, pollution de l'eau, etc. D'ici 200 ans pour être large, il n'est donc pas sûr qu'on y percevra une augmentation de la productivité, ce sera peut-être même l'inverse, et la manière d'évaluer qu'elle emploie pourrait bien être qualifiée d'étriquée.
Revenons maintenant à son propos. Elle fait ou plutôt se base sur l'hypothèse, quoi qu'elle la trouve bien douteuse, qu'on peut exploiter et/ou tuer un animal en respectant son être et son bien-être. Elle y a ajoute une seconde : que l'exploitation et/ou le meurtre soit fait d'une façon respectueuse de l'environnement (qu'il faut comprendre comme une non-dégradation trop forte de celui-ci vis-à-vis des considérations humains, car l'environnement ou la planète ne ressent rien et n'a pas d'intérêt et qu'il ne faut pas en essentialiser une forme ou un état historique ou plutôt certains traits qui permettent d'imaginairement y projeter une forme abstraite ou un état abstrait et uniquement potentiellement stable selon les considérations arbitraires de l'abstraction). En partant de ces 2 hypothèses (bien-être zoonimal et soutenabilité écologique), en considérant qu'elles soient effectives, elle affirme que ça baisserait drastiquement la productivité de biens faits à partir de zoonimaux. Et puisqu'on voudrait nourrir convenablement tous les êtres humains dans une perspective socialiste, il y aurait plus de bouches humaines à nourrir. Est-ce que du coup maintenir l'industrie de l'exploitation zoonimale vaudrait t'elle le coup dans ce cadre ? Elle semble pencher pour le non.
En parallèle de ces considérations matérielles, le socialisme-communisme, qui supprimerait la logique économique capitaliste au profit de la satisfaction des besoins humains (de quoi vivre décemment, de l'éducation, du temps libéré du travail socialement jugé-valorisé comme étant économique, etc.), et de sa soutenabilité écologique, pourrait permettre ou au moins favoriser d'envisager différemment la Nature "extérieure" et en particulier dans notre cas les animaux non-humains (que l'on appelle ici aussi zoonimaux), donc d'établir d'autres formes de co-existences. Cela serait favorable au développement de notre empathie et du coup de prendre en compte les intérêts des sentient·e·s. Nous y aurions intérêt pour notre plaisir et celui de l'autre, mais elle ne formalise pas de lien entre les 2, alors que pour notre part nous dirions que le plaisir de l'autre n'est qu'un moyen de notre plaisir (là-dessus on peut lire notamment "L'intérêt souverain" de Frédéric Lordon et paru aux éditions La Découverte en 2006 puis en 2011). Au lieu de ça, au moment où elle énonce son propos et où ses lignes sont écrites, les animaux non-humains ont tendance à être objetisés, faire comme si ce n'était pas des sentients ou n'en tirer aucune conséquence pratique à part quand ils sont vivant·e·s et devant eux. Cela permet de supporter leur exploitation et mise à mort, et évidemment de ce qui en est tiré (dont l'aspect alimentaire n'est qu'une partie).
Les gens feraient cela parce qu'ils n'auraient pas le choix. Elle ne se place pas là dans une perspective de déterminisme absolue de l'humain, comme Baruch Spinoza et Frédéric Lordon. En effet, ce serait parce que la population ne contrôle pas la production. Pourtant elle a bien un pouvoir sur sa consommation, comme les véganistes en sont d'ailleurs une preuve, donc son affirmation nous semble plus là pour revenir par un biais exagéré à son désir de démocratie intégrale (voire de démocratie tout court, puisque la bourgeoisie pseudo-libérale ou d'État a un poids considérablement et au-delà de l'économie dans le capitalisme pseudo-libéral ou d'État oeuvrant au sein d'une république bourgeoise). Ensuite elle exprime avec beaucoup de certitude (qui nous semble bien exagéré car trop optimiste) que ça nous ferait remettre totalement en question notre rapport aux animaux non-humains.
Elle ré-affirme ensuite que nous aurions un intérêt en tant qu'humains à vivre en cohésion avec les animaux non-humains, ce qui va là au-delà de la non-discrimination en fonction de l'espèce (qui n'en est qu'une condition de possibilité). Et ce serait aussi bénéfique pour l'environnement, quoi qu'il faut en fait corriger ça par bénéfique pour l'environnement du point de vue humain et certains animaux non-humains (car l'environnement n'a pas d'intérêt et que les changements environnementaux peuvent tout à fait favorables à d'autres espèces) et que de plus ce n'est nullement sûr pour fonder une société écologiquement soutenable (comme le propose notamment la permaculture, dont le concept a été fondé par David Holmgren et Bill Mollison).
Elle continue ensuite sur le rapport à la consommation alimentaire de produits zoonimaux (c'est-à-dire faits à partir d'animaux non-humains). Elle commence par énoncer l'évidence que nous, ou du moins en grande majorité, en avons un plaisir à la consommation. Notre relation à ça serait malsaine. En effet, dans le système présent, le capitalisme, se nourrir ne servirait pas uniquement à la reproduction biologique, mais ce serait aussi un moyen compensatoire et potentiellement addictif. Passer de bons moments avec d'autres animaux serait d'après elle meilleur et permettrait d'apporter une place moins grande à la consommation alimentaire et donc au final à l'alimentation non-végane. Mais elle précise qu'en fait son analyse vaudrait pour tout le reste (cosmétique, vestimentaire, divertissement, tests sur les animaux non-humains, etc.). Et puisque la valeur d'usage ne vient pas spécifiquement que ça ait été fait un ou des animaux non-humains, les alternatives véganes pourraient proliférer, car ce qui importe dans la consommation est la valeur d'usage et non l'usage d'un ou de plusieurs animaux non-humains.
Ce dernier a une motivation économique. Mais il n'y a pas que ça : il y a aussi l'influence de la droite traditionaliste. Heureusement tout ça serait amené à disparaitre avec l'avènement glorieux du socialisme, ce qui est un brin optimiste et mécanique. Elle ne l'exprime pas explicitement, mais on peut comprendre que ça adviendrait car la logique du profit associée au productivisme serait envoyée aux oubliettes de l'Histoire et car la droite traditionaliste serait marginalisée ou disparaitrait. D'où le fait qu'on aurait besoin d'une perspective de révolution socialiste pour nous, pour changer notre rapport aux animaux non-humains et par suite logique ce qui s'en suit. Selon elle, bien des mesures qu'elle a énoncé seraient impossibles dans le capitalisme, ce qui rebouche sur la révolution socialiste, mais aussi ce qui témoigne peut-être d'une exagération de sous-estimation de la plasticité du capitalisme.
Pour lutter efficacement pour la cause zoonimale, il faut prendre en compte les difficultés multiples (sociales, économiques, psychologiques) qui existent dans le mode de production présent et qui sont des obstacles à une transition vers le véganisme. On devrait se consacrer davantage qu'actuellement pour avoir le pouvoir sur la production et la distribution, soit fonder une démocratie économique macro-scopique. Cela nécessite d'en passer par l'expropriation des capitalistes, qui exploitent et maltraient animaux non-humains et humains pour obtenir du profit, avec une expression facile mémorable qui souligne l'évidence de la chose.
Sans une telle approche, la cause zoonimale pourrait être instrumentalisée pour diviser le prolétariat, en jouant sur une opposition entre ses membres qui ont un fort affect positif vis-à-vis de la consommation zoonimale et d'autres qui sont présentables comme trop extrémistes et sensibles. Pourtant on a tou·te·s, en tant que prolétaires, un méta-intérêt commun, et non tou·te·s les mêmes intérêts comme elle le dit hativement. Le méta-intérêt commun du prolétariat est évidemment le contrôle démocratique de la production, contre la dictature de la bourgeoisie.
Pour l'anecdote, on fera remarquer qu'elle fait juste après une erreur marxiste, en assimilant implicitement ultra-riches et bourgeoisie, alors que ce qui importe avant tout marxistiquement n'est pas les inégalités matérielles et monétaires mais les inégalités de rapports sociaux, d'ailleurs les gens les moins riches dans l'acceptation courante de l'époque de richesse peuvent considérer le prolétaire aisé du pays capitalistiquement très avancé comme un ultra-riche et cette perception peut le pousser à lutter contre lui au lieu d'abord de lutter contre les rapports sociaux capitalistes et la classe sociale dominante à qui ça profite. Ensuite, sa tournure de phrase, qui dit que
les ultra-richesles membres de la bourgeoisie (et non la bourgeoisie) est incapable de prendre en compte le bien-être humain, ce qui implicitement laisse à penser que les bourgeois contrôleraient la dynamique des choses, ce qui est leur accorder beaucoup de pouvoir, et peut être perçu comme un amalgamage entre les membres de la classe et la classe, qui elle, en tant que classe en soi et pour soi, contrôle effectivement l'économie, mais l'unité d'action des membres et d'une façon volontariste n'est pas pour autant là, avec notamment la concurrence qui est aussi entre elleux et qui fait qu'illes n'agissent pas indéfectiblement comme un seul homme.Pour finir, elle fait reproche d'asocialité au mouvement zoonimaliste présent, qui devrait s'activer pour se corriger. Il faudrait un programme contre des inquiétudes : garantie d'une alimentation saine et de qualité, garantie d'un emploi avec des bonnes conditions de travail, lutte pour une véritable démocratie. Évidemment il faudrait que ce soit pour tout le monde et c'est le socialisme qui peut l'apporter. Message final : pour les animaux non-humains, et même carrément pour toutes les autres causes !, il faudrait s'organiser pour déclencher et mener à bien la révolution sociale.
Par ce que citer un auteur connu, ça fait bien, et que ça va dans le sens de son propos, on le droit à du Friedrich Engels :
Une morale réellement humaine, placée au-dessus des oppositions de classe et de leur souvenir, ne devient possible qu'à un niveau de la société où on a non seulement vaincu, mais oublié pour la pratique de la vie, l'opposition des classes.
(l'Anti-Dühring, chapitre 9 "La morale et le droit. Vérités éternelles").Malgré la quantité de critiques formulées et le ton sur-lequel elles sont parfois faites, il ne faut pas y percevoir une condamnation de la personne qui a émis les propos critiqués (en l'occurrence la camarade Punjo). Le but est de contribuer au débat d'idées. De plus, elle n'a vraisemblablement que relativement peu préparé son discours et n'a nullement promulgé (en tout cas jusque là) avoir la prétention d'être une théoricienne (et il en est de même pour nous), donc il faut le prendre en compte. De plus, il y a aussi le format de son intervention (en l'occurrence l'audio-vidéo), qui n'est pas le plus adéquat pour formuler des idées avec une grande rigueur. Enfin il faut prendre en compte la visée, qui est vraisemblablement, au moins en grande partie, d'initier un débat (sur la pertinence du marxisme pour le zoonimalisme) et de rendre sa réflexion accessible et buvable pour un large public, ce qui n'est à contrario pas le cas de nos critiques (le format textuel s'y prête moins, certaines phrases sont trop longues, c'est plein de paragraphes sans la moindre section pour structurer, etc.).