Déclaration de Montréal de 2022 sur l'exploitation animale
Reproduction de la déclaration
Reproduction de la déclaration en français
Nous sommes des chercheurs et des chercheuses en philosophie morale et politique. Nos travaux s'inscrivent dans des traditions philosophiques diverses et nous sommes rarement tous du même avis. Nous nous accordons toutefois quant à la nécessité de transformer en profondeur nos relations avec les autres animaux. Nous condamnons l'ensemble des pratiques qui supposent de traiter les animaux comme des choses ou des marchandises.
Dans la mesure où elle implique des violences et des dommages non nécessaires, nous déclarons que l'exploitation animale est injuste et moralement indéfendable.
En éthologie et en neurobiologie, il est bien établi que les mammifères, les oiseaux, les poissons et de nombreux invertébrés sont sentients, c'est-à-dire capables de ressentir du plaisir, de la douleur et des émotions. Ces animaux sont des sujets conscients ; ils ont leur propre point de vue sur le monde qui les entoure. Il s'ensuit qu'ils ont des intérêts : nos comportements affectent leur bien-être et sont susceptibles de leur faire du bien ou du mal. Lorsque nous blessons un chien ou un cochon, lorsque nous maintenons en captivité un poulet ou un saumon, lorsque nous tuons un veau pour sa chair ou un vison pour sa peau, nous contrevenons gravement à ses intérêts les plus fondamentaux.
Pourtant, tous ces dommages pourraient être évités. Il est évidemment possible de s'abstenir de porter du cuir, d'assister à des corridas et des rodéos, ou de montrer aux enfants des lions enfermés dans des parcs zoologiques. La plupart d'entre nous pouvons d'ores et déjà nous passer d'aliments d'origine animale tout en restant en bonne santé et le développement futur d'une économie végane rendra cela plus facile encore. D'un point de vue politique et institutionnel, il est possible de cesser de voir les animaux comme de simples ressources à notre disposition.
Le fait que ces individus ne soient pas membres de l'espèce Homo sapiens n'y change rien : s'il semble naturel de penser que les intérêts des animaux comptent moins que les intérêts comparables des êtres humains, cette intuition spéciste ne résiste pas à un examen attentif. Toutes choses égales par ailleurs, l'appartenance à un groupe biologique (qu'il soit délimité par l'espèce, la couleur de peau ou le sexe) ne peut justifier des inégalités de considération ou de traitement.
Il existe des différences entre les êtres humains et les autres animaux, tout comme il en existe entre les individus au sein des espèces. Certaines capacités cognitives sophistiquées donnent certes lieu à des intérêts particuliers, qui peuvent à leur tour justifier des traitements particuliers. Mais les capacités d'un individu à composer des symphonies, à faire des calculs mathématiques avancés ou à se projeter dans un avenir lointain, aussi admirables soient-elles, n'affectent pas la considération due à son intérêt à ressentir du plaisir et à ne pas souffrir. Les intérêts des plus intelligents parmi nous n'importent pas davantage que les intérêts équivalents de ceux qui le sont moins. Soutenir l'inverse reviendrait à hiérarchiser les individus en fonction d'une faculté n'ayant aucune pertinence morale. Une telle attitude capacitiste serait moralement indéfendable.
Il est en somme difficile d'échapper à cette conclusion : parce que l'exploitation animale nuit aux animaux sans nécessité, elle est foncièrement injuste. Il est donc essentiel d'œuvrer à sa disparition, en visant notamment la fermeture des abattoirs, l'interdiction de la pêche et le développement d'une agriculture végétale. Nous ne nous faisons pas d'illusions ; un tel projet ne sera pas réalisé à court terme. Il requiert en particulier de renoncer à des habitudes spécistes bien ancrées et de transformer en profondeur certaines de nos institutions. La fin de l'exploitation animale nous apparaît toutefois comme l'unique horizon collectif à la fois réaliste et juste pour les non-humains.
Reproduction de la déclaration en anglais
We are researchers in the field of moral and political philosophy.
Our work is rooted in different philosophical traditions,
and we rarely find ourselves in agreement with one another.
We do agree, however,
on the need for a profound transformation
of our relationships with other animals.
We condemn the practices that involve
treating animals as objects or commodities.
Insofar as it involves unnecessary violence and harm,
we declare that animal exploitation
is unjust and morally indefensible.
In ethology and neurobiology,
it is well established that
mammals, birds, fish, and many invertebrates are sentient
– i.e., capable of feeling pleasure, pain and emotions.
These animals are conscious subjects;
they have their own perspective on the world around them.
It follows that they have interests:
our behaviours affect their well-being
and can benefit or harm them.
When we injure a dog or a pig,
when we keep a chicken or a salmon in captivity,
when we kill a calf for his meat or a mink for her skin,
we seriously contravene their most fundamental interests.
Yet, all of these harms could be avoided.
It is obviously possible to refrain
from wearing leather,
attending bullfights and rodeos,
or showing children captive lions in zoos.
Most of us can already
do without animal foods
and still be healthy,
and the future development of a vegan economy
will make things even easier.
From a political and institutional standpoint,
it is possible to stop viewing animals
merely as resources at our disposal.
That these individuals do not belong to the species Homo sapiens
is morally irrelevant:
while it may seem natural to think that animals' interests count less than the comparable interests of humans,
this speciesist intuition does not stand up to close scrutiny.
Everything else being equal,
mere membership of a biological group
(be it delineated by species, skin colour, or sex)
cannot justify unequal consideration or treatment.
There are differences between humans and other animals,
just as there are differences among individuals within species.
Admittedly, some sophisticated cognitive abilities give rise to particular interests,
which in turn may justify particular treatments.
But a subject's ability to compose symphonies,
to make advanced mathematical calculations,
or to project oneself into a distant future, however admirable, does not affect the consideration due to his or her interest to feel pleasure and not to suffer.
The interests of the more intelligent among us matter no more than the equivalent interests of the less intelligent.
To say otherwise would amount to ranking individuals according to faculties that have no moral relevance.
Such an ableist attitude would be morally indefensible.
It is therefore difficult to escape this conclusion:
because it unnecessarily harms animals,
animal exploitation is fundamentally unjust.
It is therefore essential to work towards its disappearance,
especially by aiming at
the closure of slaughterhouses,
a ban on fishing,
and the development of plant-based food systems.
We have no illusion;
such a project will not be achieved in the short term.
In particular, it requires
renouncing entrenched speciesist habits
and transforming numerous institutions fundamentally.
We believe, however, that
the end of animal exploitation
is the only shared horizon
that is both realistic and just for nonhumans.
Références externes
Références externes en français
Références externes en anglais
Articles connexes
- 2012 : déclaration de Cambridge sur la conscience
- 2019 : déclaration de Toulon sur l'exploitation animale
- 2024 : déclaration de New York sur la conscience animale