Qu'est-ce que le syndicalisme révolutionnaire ?

Les grandes bases fondamentales

C'est quoi le syndicalisme ?

Le syndicalisme est une forme d'organisation qui regroupe sur la base d'intérêts communs et ce dans potentiellement tous les aspects de la vie. Le but est de défendre les dits intérêts et de les amener plus loin. Et quoi de mieux pour ça que d'être exclusivement entre personnes ayant les mêmes ? Ça ne peut donc être pour des finalités directement universelles, au contraire de ce qu'on pourrait appeler le "citoyennisme". Du coup, ça implique la reconnaissance et la participation à une lutte politique pour triompher d'autres et ce potentiellement jusqu'à faire advenir un régime politique en faveur des intérêts communs de la base de recrutement. et, au moins dans un premier temps, en défaveur des autres. Moins abstraitement, le syndicalisme peut être prolétarien, patronal, policier, ou autre.

Le courant syndical SR

Au sein du syndicalisme prolétarien, des sous-courants existent. Parmi eux, il y a le syndicalisme révolutionnaire (SR). Comme tous, il vise la défense et l'amélioration des intérêts du prolétariat. De plus, il prône aussi d'aller plus loin : instaurer une nouvelle société, socialiste et communiste, donc nécessairement démocratique, y compris sur le plan économique. Spécifité de plus : il faudrait pour ce faire en passer par une Révolution sociale, à travers une grève générale collectivisatrice. Pour ce faire, il faut notamment s'organiser convenablement, par le syndicalisme d'Industrie et l'unionisme purement géographique au sein d'une même confédération prolétarienne, ainsi qu'entre autres forger de la camaraderie et se former.

L'anarchisme, mouais…

Bien que le syndicalisme révolutionnaire (SR) soit proche de l'anarchisme (autogestion, action directe, entraide, combat contre le Capital et son État, etc.), et parfois même aussi nommé anarcho-syndicalisme (AS), on ne s'encombre pas de "l'anarchisme", avec tout ce que ça peut charrier (à tord ou à raison, là n'est pas le sujet). Mais surtout on se regroupe sur la base de la classe sociale, sans méta-physique, sans étiquette abstraite et sans brusquer les camardes avec ça, même si ça nous est cher et qu'on en est éventuellement venu par ce biais au syndicalisme révolutionnaire.

Sur la "philosophie"

Le syndicalisme révolutionnaire (SR) n'admet dans ses rangs que des prolétaires (avec ou sans emploi, y compris les lycéen·ne·s, les étudiant·e·s, les retraité·e·s, etc.) et ce sans discrimination (de sexe, de genre, de couleur de peau, d'origine, de croyance religieuse ou de son absence, de rapport aux animaux non-humains, de mode de vie, etc.). De plus, c'est un mode d'organisation et des pratiques. Ce n'est nullement du regroupement affinitaire (entre connaissances) ou sur une base "philosophique" (comme l'anarchisme ou le marxisme). C'est centré sur le travail salarié, c'est-à-dire le travail réalisé contre la vente de sa force de travail (que ce soit via un contrat de travail ou le marché des biens et services), et ce qui en résulte. Pourquoi ? Car c'est fondamental dans nos existences et que c'est là que s'exprime au quotidien la nocivité sociale du capitalisme, ou, exprimé autrement, c'est le moment social où s'exerce les rapports d'exploitation bourgeois et qu'est produit le fétichisme de la marchandise. Mais il y a aussi la vocation à se préoccuper plus globalement de tous les aspects de la vie (écologie, féminisme, lgbtisme, anti-racisme, anti-xénophobie, logement, santé, éducation, etc.) en lien avec le salariat ou pas.

La double besogne

Toute forme de syndicalisme a pour but de défendre les intérêts plus ou moins immédiats de ses membres. Mais le syndicalisme révolutionnaire (SR) ne s'y arrête pas. Il se donne également pour mission de construire et mener à bien la révolution prolétarienne, à travers le long travail d'organisation, de culture de classe, etc., mené au sein du système oppressif à dépasser par auto-libération des exploité·e·s, donc sans le besoin de la médiation d'un parti ou d'un autre type de supposée avant-garde restreinte.

L'auto-gestion

L'auto-gestion est la gestion collective le plus possible par la base. Ça se fait par notre propre prise en main, sans attendre de sauveur·e suprême, par des commissions de travail et d'exécution, ainsi que l'assemblée générale (AG) pour les grandes décisions. Quand il est utile de déléguer, ça se fait au mandat impératif, encadrant le périmètre et la durée d'une manière forte, avec de la transparence, possibilité de révoquer et de la rotation.

Se mettre ensemble sur quelle base ?

Le métier

Avoir le même métier, c'est avoir une condition commune et des intérêts communs dans le travail. Cerise sur le gâteau, c'est invariant selon le patron. Cependant cela exclut les autres métiers d'un même établissement, c'est-à-dire d'un même lieu de travail, et plus globalement de l'entreprise, si toutefois elle a plusieurs établissements. Pourtant il serait efficace de s'unir contre un même patron et non d'être chacun dans son petit corporatisme. De plus, ça n'est pas adéquat dans une perspective révolutionnaire, car, de par la division du travail, on aura nécessairement besoin du plus de monde possible de notre classe pour reprendre en main la société et la remodeler selon nos désirs.

L'établissement

L'établissement, le site de production, a l'avantage énorme qu'il est facile d'y connaitre tout le monde, donc de tisser des liens de camaraderie, dans les pauses, sur le chemin pour y aller, et au sein même du travail collectif, facilitant ainsi grandement l'organisation et la lutte communes. Mais le patron peut faire jouer les établissements existants entre eux, et en créer de nouveaux dans des endroits lui semblant plus prometteurs pour dégager du profit en paix (là où les conditions sociales sont moins bonnes, là où les travailleurs et travailleuses sont moins organisé·e·s ou plus mou·e·s, là où l'État bourgeois lui propose des aides généreuses, etc.). Et parfois on a même pas d'établissement ou plus théoriquement que pratiquement, de par le métier ou l'organisation du travail (impératif de transport, télétravail, "auto-entreprenariat", etc.).

L'entreprise

Pour combattre l'adversaire patronal, le syndicalisme d'entreprise peut sembler parfaitement tailler à la tâche, car au plus proche de l'organisation capitaliste de la production. Et quand il y a plusieurs établissements, c'est simple, il suffit de faire un syndicat pour chaque et qu'ils soient fédérés, donc in fine coordonnés. Sauf que de par la concurrence, les capitalistes se font aussi la guerre, transformant un conquis salarial fort chez l'un en problème de compétitivité pouvant mener à sa ruine. De plus, ça divise les forces sur un même bassin de travail. Pour ne rien arranger, dans une perspective révolutionnaire, c'est impropre à une réorganisation mutualiste et rationnelle de la production.

Le syndicalisme d'Industrie

Le syndicalisme de branche d'activité (pas nécessairement industrielle), dit "d'Industrie", regroupe les travailleurs et travailleuses d'une même branche et ce peu importe le donneur d'ordre ou la donneuse d'ordre, dont son type (privé, publique, ou associatif), et le statut (CDI, intérim, "auto-entreprenariat", etc.). Cela permet de mutualiser le travail et d'unifier les revendications et actions, ayant permis dans le passé la mise en place des conventions collectives (permettant de limiter la concurrence entre nous dans la zone d'application). Et, dans un horizon communiste, nous codéciderons tous et toutes, ce qui nécessite d'avoir une vision et une maitrise globale de "l'Industrie". En effet, nous visons une gestion rationnelle, donc nous éliminerons la concurrence parasitaire et toutes les duplications inutiles qu'elle engendre, avec le coût écologique associé, en remplaçant ce bordel par des pôles unifiés (avec des échelons géographiques, pour partie autonomes et élaborant les décisions supérieures) maximisant la mutualisation et plus généralement la coopération.

L'inter-professionnalisme

Au sein d'une même branche, il y a une concurrence exacerbée et des enjeux spécifiques. Mais le combat est aussi plus global. Il faut donc également faire de l'inter-professionnalisme. Pensons par exemple au code du travail, aux sans-papiers qui devraient être régularisé·e·s, aux discriminations hétéro-patriarcales et racistes, à l'écologie… Par ailleurs, l'inter-professionnalisme est un formidable moyen étendu d'entraide (piquets communs, péréquation des caisses de grève, achats collectifs, éducation entre camarades, bibliothèque militante partagée, prêt d'outillage, etc.). C'est aussi un levier indispensable contre le risque de dérive corporatiste de branche.

L'autonomie prolétarienne

La classe bourgeoise, y compris la petite bourgeoisie, les petits employeurs, n'est pas notre alliée, bien au contraire. Il faut la combattre et à terme la supplanter, ce que l'on ne fera pas en s'alliant à elle ou par "le dialogue social". Nous devons donc nous organiser exclusivement entre nous, pour nous battre, et à terme pour fonder une nouvelle société, socialiste et communiste.

Les apports théoriques et la méthode

L'histoire du SR

En France, il y a eu 2 fondateurs incontournables du syndicalisme révolutionnaire (SR) : Fernand Pelloutier (1867-1901), pour les Bourses du Travail qui sont des centres pour les activités de service et d'entraide ouvrières socialisées ; et Émile Pouget (1860-1931), qui sera un membre important de la CGT (Confédération Générale du Travail) et fera la théorie du courant syndical SR, dont le syndicalisme d'Industrie et l'inter-professionnalisme sont des éléments cardinaux, ainsi qu'évidemment le regroupement sur la base de classe. On peut aussi mentionner Pierre Monatte (1881-1960), qui a co-fondé, en 1919, les CSR (Comités Syndicalistes Révolutionnaires), ayant pour tâche de promouvoir et réfléchir le syndicalisme révolutionnaire, non de se substituer aux structures syndicales ou se confondre avec elles, ce qui aurait reproduit le modèle parlementaire des partis contre la démocratie syndicale.

Le marxisme

Le marxisme désigne le système des idées de Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1829-1895), ainsi que de leurs continuateurs et continuatrices. Ce qui nous y intéresse avant tout est d'avoir dégagé des éléments théoriques, tels que la lutte des classes comme moteur de l'Histoire, la construction social-historique de nombre de choses contre l'essentialisme, la rupture métabolique entre l'humain et le reste de la Nature, le fétichisme et l'aliénation, ainsi que plus généralement la non-viabilité de long-terme du capitalisme, de par ses contradictions et les crises qui vont avec. Cela aide à percevoir le monde tel qu'il est, c'est le matérialisme, et ainsi à avoir une vision claire de comment le transformer.

Le matérialisme

Dans la "philosophie bourgeoise", nous serions des êtres libres. La construction de notre perception du monde serait un phénomène autonome, où les quelques petits déterminants seraient bien faciles à surmonter. Ce serait notre libre pensée qui définirait l'action politique. Elle ne serait pas, au moins en grande partie, la production de notre condition matérielle. Contre l'idéalisme, qui peut entre autres nous faire croire que nous pourrions avoir intérêt à la collaboration de classe, nous défendons une vision matérialiste.

La camaraderie

Sa base doit être la classe, les affinités et la corporation sont secondaires. Le fait d'avoir des intérêts communs n'implique cependant pas que nous les reconnaissions comme tels et agissions pour les défendre, ou exprimé autrement que nous passions de classe en soi à classe pour soi. Cela se forge par l'entraide, l'organisation entre nous, et la Raison. C'est essentiel pour s'organiser et combattre ensemble. Elles se renforcent dans la lutte, mais aussi dans d'autres moments : bouffe commune, coups de main, partage, loisirs, etc.

L'action directe

Si on attend que d'autres fassent systématiquement les choses pour nous, on risque d'être déçus et qu'ils fassent en bonne partie pour eux. Il nous faut nous-mêmes prendre nos affaires en main et agir en conséquence. Nous ferons comme nous le souhaitons et à bien plus nombreux et nombreuses, donc nous pourrons ainsi être bien plus efficace et qu'on n'usurpe pas notre volonté. Toutefois, on ne peut pas toujours tout faire par nous-même, ça peut se révéler être plus compliqué qu'en déléguant, et parfois c'est même impossible. Il faut donc également savoir s'en remettre à des mandaté·e·s contrôlé·e·s et révocables, ainsi qu'à des structures collectives.

La grève

Les pétitions et appels à la morale sans suite ont au mieux bien peu d'effet. Contre un ennemi, il faut taper là où ça fait mal. Le Capital vit par le profit, privons-le donc. Un des moyens est le boycott, de certaines entreprises, de certains produits, de certains modes de production, etc. Bien qu'utile, donc à employer, le potentiel de ce levier est proportionnel à notre capacité de consommation, notre pouvoir d'achat, or les plus durement exploité·e·s en sont les moins doté·e·s et plus on en est moins il est probable d'avoir une conscience de classe. De plus, ça peut être utilisé comme moyen de distinction (vis-à-vis de celleux ayant moins) pour celleux pouvant se permettre d'acheter "bio", "éthique", etc. N'oublions pas que le cœur de l'exploitation économique est dans le travail. C'est la source du profit. Pour un maximum de dégâts, donc hausser au plus le rapport de force en notre faveur, la grève, l'arrêt collectif du travail, n'a pas d'égal. Et, quand nous en aurons la force, arrachons les moyens de production et de distribution à la classe socio-économique dominante et finissons-en avec elle et son État, pour organiser le travail et tout ce qui s'en suit comme nous le voulons et par nous-mêmes.

S'organiser syndicalement, mais comment ?

Le syndicat

Le syndicat est la seule entité syndicale ayant des membres individuels cotisants. C'est l'unité organisationnelle de base. Il peut néanmoins avoir des sous-unités, juridiquement déclarées ou pas, tels que des commissions de travail et/ou d'exécution mandatées sur un ou plusieurs sujets précis, ainsi qu'évidemment les sections syndicales. Le syndicat a un champ géographique local et, dans la mesure de ses moyens, a un lieu pour ses réunions, son matériel, etc. Pour s'organiser plus largement, il y a du (con)fédéralisme de branche ou d'"Industrie" et géographique / territorial. De plus, il peut y avoir des instances, rattachées à une structure (con)fédérale, sur des opérations spécifiques, typiquement la propagande, (avec à un minima un journal et une maison d'édition), ou des thématiques particulières, comme l'international, les sans-papiers, la xénophobie, le racisme, l'hétéro-patriarcat, l'écologie, l'anti-fascisme, l'anti-colonialisme et l'anti-impérialisme, etc.

L'Industrie

Pour être efficace dans la lutte et à terme mener à bien la révolution, les syndicats ont idéalement un champ professionnel d'Industrie, ou le cas échéant sont inter-professionnels ou multi-professionnels. Puisque chaque syndicat a également un champ géographique local et qu'il faut s'organiser aussi à plus grande échelle, il y a du fédéralisme d'Industrie, idéalement multi-scalaire (c'est-à-dire à différentes échelles géographiques imbriquées d'une façon pyramidale, faisant d'abord remonter les décisions, puis en faisant redescendre dans un second temps).

La géographie

De même que les syndicats sont fédérés par branche d'activité (aussi dit champ professionnel d'"Industrie"), ils doivent aussi l'être purement géographiquement et d'une façon multi-scalaire (localité, département, région, national, et au-delà). On parle d'UL (Union Locale), d'UD (Union Départementale), d'UR (Union Régionale), etc. Cela permet l'entraide et le mutualisme sur une base inter-professionnelle. De plus, c'est ces structures qui organiseront futurement l'espace, recueilleront les besoins socialement définis et les feront faire satisfaire par la structure d'Industrie du champ géographique adéquat.

L'assemblée générale

Pour décider de la ligne, de ce qui doit être fait et comment, ça revient exclusivement à la base. Pour ce faire, les personnes sont invitées régulièrement à une assemblée générale (AG), dans laquelle chacun pourra s'exprimer, dont évidemment voter, mais ce qui importe avant tout est la définition collective des enjeux. Quand il faut, par la suite, une ou plusieurs personnes en charge de l'application, on fait ça par le mandat impératif. Et quand l'échelle est trop grande, on décide au plus bas, puis ça remonte vers le haut puis redescend, avec des délégué·e·s mandaté·e·s et révocables, ainsi que des écrits les plus clairs possibles (pour la transparence des positions et actions prises au nom de la délégation, mais également pour transmettre les informations sans intermédiaire quand cela est jugé pertinent).

Le mandat impératif

Pour éviter d'élire des représent·e·s, qui risquent de surtout s'exprimer pour elleux, et d'avoir des permant·e·s avec quasiment carte blanche, on définit des mandats clairs et précis, avec impératif de transparence. On peut mandater des personnes individuelles ou morales, une commission ou un syndicat par exemple. Le mandatement est limité dans le temps, avec idéalement le moins de cumul possible et de la rotation, et la révocabilité est toujours possible, sachant que des mesures moins fortes peuvent aussi être appliquées si la faute n'est pas trop grave ou pas trop répétée.

Notre société

Tous les mécanismes contre l'accaparement du pouvoir (assemblée générale, mandat impératif, délégation stricte et contrôlée) et toutes les structures formelles (syndicats, fédéralisme de branche et géographique) sont pour l'efficacité dans la lutte, la camaraderie, et faire vivre une démocratie aussi directe que possible, mais aussi pour se substituer à l'organisation actuelle de la société, pour organiser collectivement l'économie à notre façon et plus globalement être maitres de nos vies, ainsi qu'à terme être écologiquement durable. Socialement ce sera du socialisme et du communisme. Et cela n'est pas une vue utopique de l'esprit, comme le démontrent dans une certaine mesure les zapatistes au Chipas (Mexique) et les kurdes au Rojava malgré la guerre, ainsi que la Commune de Paris en 1871 et bien sûr la révolution espagnole dans le début du second tiers du 20ème siècle.

Compléments divers

Et l'anarcho-syndicalisme (AS) ?

Est-ce que le syndicalisme révolutionnaire (SR) est de l'anarcho-syndicalisme (AS) ? Certains disent que oui et d'autres que non.

Que peut-on faire comme différences ? Liste non-exhaustive différenciant potentiellement l'AS du SR : intérêt explicite et assumé pour l'anarchisme (mais sans pour autant qu'il y ait nécessairement besoin de se revendiquer anarchiste pour être pleinement membre) qui peut même avoir une mission de direction (on peut à se propos notamment renvoyer au texte suivant par Pierre Besnard et sa préface par Alexandre Schapiro : L'anarcho-syndicalisme et l'anarchisme – Rapport de Pierre Besnard au Congrès Anarchiste International de 1937), non-admission des forces de répression (police et armée) car elles sont perçues comme ennemies (non par l'appartenance de classe mais par la fonction), dénonciation des élections et appel à ne pas y participer (au moins celles politiciennes quand c'est le cas, mais parfois aussi aux professionnelles), combat contre les religions (au risque de faire fuir de potentielles recrues que cela irriterait, si tant est qu'elles soient tolérées), et enfin le projet de société est le communisme libertaire.

De par ses éléments (qui ne sont pas consensuels pour l'ensemble des organisations se revendiquant ou s'étant revendiquées de l'anarcho-syndicalisme), notamment l'anticléricalisme et le refus d'élections, l'AS peut se voir reprocher d'être sectaire, donc moins viable pour la lutte contre le capitalisme et l'instauration du socialisme et du communisme. Enfin, l'éventuelle direction anarchiste peut être rapprochée du léninisme. En demi-disgression, indiquons que nous avons d'ailleurs écrit sur le rapport de ce dernier au syndicalisme, avec une petite partie sur l'anarcho-syndicalisme.

Reproduction de la Charte d'Amiens de 1906

Le Congrès confédéral d'Amiens confirme l'article 2 constitutif de la CGT (Confédération Générale du Travail).

La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.

Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d'exploitation et d'oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.

Le Congrès précise par les points suivants, cette affirmation théorique.

Dans l'œuvre revendicative quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l'augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n'est qu'un côté de l'œuvre du syndicalisme : il prépare l'émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d'action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd'hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale.

Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d'avenir, découle de la situation de salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d'appartenir au groupement essentiel qu'est le syndicat.

Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l'entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu'il professe au dehors.

En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu'afin que le syndicalisme atteigne son maximum d'effet, l'action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale.

Quelques idées de lectures en rapport avec le sujet

Pour aller plus loin sur cette thématique et des sujets connexes, vous est proposé ci-après des idées de lectures. Vous pouvez les compléter avec les éditions CNT-RP (Confédération Nationale du Travail - Région Parisienne, 33 rue des Vignoles, 75020 Paris).

Lectures en rapport avec le syndicalisme

Lectures sur le socialisme et le communisme